Alors qu’il est en vacances avec sa petite famille sur une île, la rigueur des lois antitabac locales donne envie à Tom d’arrêter de fumer. Il jette par-dessus la balustrade de sa terrasse son dernier mégot qui, malencontreusement, atterrit sur le crâne de son voisin du dessous. Le geste est pris par les habitants de l’île comme une agression pure et simple – voire une tentative de meurtre - et Tom se trouve embarqué dans les rouages d’un système judiciaire qui le dépasse totalement et qui varie d’une tribu à l’autre. Propos recueillis par Mathilde Janin
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De cette situation kafkaïenne, Will Self ne fait malheureusement pas grand-chose, si ce n’est une farce à l’américaine, avec des ingrédients bien rodés. Une moitié de récit paranoïaque, deux sixième de road-movie, un épilogue en forme de morale postcoloniale. Ce n’est ni bête ni mal écrit, cela manque tout simplement de relief. Son Tom est un américain qu’il veut typique, c’est-à-dire pas très sympathique. Plutôt cultivé et intelligent, il arrive dans un endroit et se comporte en conquistador et, tout à la fois, en redresseur de tort. Par exemple, si Tom est révolté par le tourisme sexuel qui a cours dans l’île, il ne peut s’empêcher de convoiter la jeune femme de son voisin. Tom est une caricature qui, à aucun moment du récit, ne prend corps. Il est entouré d’un avocat local doué mais fainéant, d’un ambassadeur à la retraite abruti par la chaleur et les long drinks et par des créatures vénéneuses. Jouer avec de tels clichés présuppose une finesse qui, hélas, manque à Will Self : ce roman, nous le connaissons, il est écrit d’avance et, dans le déroulement du récit comme dans la poétique, rien ne surprend.
Le dénouement est un hommage au Heart of Darkness de Conrad. On croise un Kurtz illuminé planqué au fin fond des terres, qui a assis son pouvoir sur les tribus locales. Il est fautif, tout comme Tom et comme tout étranger débarqué pour souiller cette île vierge. Comme Kurtz, il fascine et se traîne son lot d’illuminés. Le récit, présenté comme postcolonial et post-11 septembre, ne regarde en fait que la question de la culture américaine et n’a que faire de ce qui lui est étranger. Cela donne une fiction unilatérale où, à la fin, personne n’a totalement raison, ni totalement tort. No Smoking : le pur produit d’une écriture américaine d’arrière-garde, où des auteurs ne font que contempler leur patrimoine avec impuissance, à l’heure où certains de leurs compatriotes (Richard Power, Ander Monson, Thomas Pynchon, pour ne citer qu’eux) le réinventent sans cesse.

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