Le projet hétéronyme de Sylvain Courtoux, que nous avons déjà évoqué dans ces pages, sort enfin en librairie. Clara Elliott : Strangulation Blues est le projet poétique rock par excellence. Décryptage de ce livre conceptuel ci-dessous.
Propos recueillis par Mathilde Janin
Propos recueillis par Mathilde Janin
Un peu d’histoire : Clara Elliott est plus connue sous le pseudonyme de Joydevivre, chanteuse du groupe anarcho-punk Crass. Anglaise d’origine, diplômée de Southampton Row en photographie, scénographie et design, elle intègre le collectif mixte Crass qu’elle a connu par sa maîtresse, Caroline Coon, manageuse des Clash, en 1975. Elle participera activement au groupe jusqu’en 1983 et sera même à l’origine de leurs virages les plus expérimentaux, le disque Yes Sire I Will par exemple… Suite à son départ du groupe, elle va s’installer à Paris, ville qui la passionne. C’est là qu’elle termine son recueil Strangulation Blues et se lance dans quelques poèmes épars et inachevés. Malheureusement, elle meurt d’une overdose avant d’avoir pu le publier. Ces poèmes, les voici pour la première fois édités, grâce à Jane, sa cousine et plus proche amie, qui les a confiés au bon soin de Sylvain Courtoux.
Clara Elliott n’existe pas. Le livre que vous tiendrez entre les mains est en fait le roman performatif ultime : il se compose d’une série de poèmes écrits par un personnage de fiction. Inventer Clara, c’est bien plus que lui inventer une histoire : c’est lui inventer une langue unique, des obsessions, des images récurrentes. Son goût pour tout ce qui est sombre et qui la terrifie autant qu’il la tente, par exemple. Son engagement politique naïf, total, teinté de romantisme. Sa poétique qui rend si bien compte de toutes les nuances de gris des villes en mutation, dans les années 80 (bitume, ciment, asphalte & Co). Son amour du rock, qui l’a aidée à survivre au décès de sa mère, lorsqu’elle avait 13 ans.
Clara Elliott donne une voix à une certaine époque et à un certain milieu, celui des communautés et des squats des années 70 à 80. Elle donne un visage à un monde en mutation, celui qui voit naître le punk et ses désillusions. Elle se dessine dans ses textes, mais également en dehors d’eux, grâce au dispositif de notes de bas de page que Sylvain Courtoux a mis en place. En explicitant toutes les allusions et références de la jeune femme, il dessine ainsi son portrait.
Les poèmes en eux-mêmes sont fortement marqués par l’usage du slogan. Même les textes fleuves semblent émaillés de monostiches. Ces phrases-choc qui rythment le texte, en voici quelques-unes au hasard : « Nous sommes maintenant de l’autre côté »,
Clara Elliott n’existe pas. Le livre que vous tiendrez entre les mains est en fait le roman performatif ultime : il se compose d’une série de poèmes écrits par un personnage de fiction. Inventer Clara, c’est bien plus que lui inventer une histoire : c’est lui inventer une langue unique, des obsessions, des images récurrentes. Son goût pour tout ce qui est sombre et qui la terrifie autant qu’il la tente, par exemple. Son engagement politique naïf, total, teinté de romantisme. Sa poétique qui rend si bien compte de toutes les nuances de gris des villes en mutation, dans les années 80 (bitume, ciment, asphalte & Co). Son amour du rock, qui l’a aidée à survivre au décès de sa mère, lorsqu’elle avait 13 ans.
Clara Elliott donne une voix à une certaine époque et à un certain milieu, celui des communautés et des squats des années 70 à 80. Elle donne un visage à un monde en mutation, celui qui voit naître le punk et ses désillusions. Elle se dessine dans ses textes, mais également en dehors d’eux, grâce au dispositif de notes de bas de page que Sylvain Courtoux a mis en place. En explicitant toutes les allusions et références de la jeune femme, il dessine ainsi son portrait.
Les poèmes en eux-mêmes sont fortement marqués par l’usage du slogan. Même les textes fleuves semblent émaillés de monostiches. Ces phrases-choc qui rythment le texte, en voici quelques-unes au hasard : « Nous sommes maintenant de l’autre côté »,
« Je te dirai demain comment le soleil s’est levé » ou encore « Tu verras qu’il est impossible d’oublier quelqu’un qu’on a détruit ». Des fragments qui sonnent comme d’étonnantes prophéties nées de cette Cassandre punk, servis par un dispositif textuel remarquablement soigné. Il faut là saluer le travail de l’éditeur car le livre est graphiquement superbe.
Signalons également la sortie chez Al Dante d’un autre projet de Sylvain Courtoux, Vie et mort d’un poète de merde. Parodie de concept-album, opéra crotte-rock, Vie et mort est l’un des projets poétiques les plus audacieux de ces dernières années. En quinze pistes, Courtoux raconte, dans des chansons pleines de synthés tout pourris, les espoirs d’un aspirant écrivain un peu loser qui se fait broyer par la machine éditoriale. Entre bitures miteuses aux anxios et à la 8.6°, performances ratées, soirées éditoriales où on ne l’invite pas et fantasmes de gloire au ras des pâquerettes, voilà notre poète merdique qui ère dans Paris à la recherche de la poétesse girly qui fera battre son cœur (et qui lui présentera un éditeur, accessoirement).
La manière dont Courtoux y va, totalement à fond, sans aucun cynisme ou second degré (cette marque de vulgarité bobo qui est l’apanage des Derlem et autres Fleurent-Didier) en fait un projet punk d’une ampleur dingue. Sylvain Courtoux n’y adopte pas la posture du loser wanabee, il ne campe pas un rôle, mais endosse totalement celui-ci et ne nous épargne rien de sa bêtise crasse, de ses pensées honteuses et de son ego surdimensionné. Vie et mort d’un poète de merde met tout d’abord mal à l’aise, perturbe ensuite, avant de faire rire jaune… Il est le reflet parfait d’une société malade où même les poètes se rêvent en couverture des magazines.
CLARA ELLIOT
Strangulation Blues
(Trad. Sylvain Courtoux pour Al Dante)
SYLVAIN COURTOUX
Vie et mort d’un poète de merde
(Al Dante)
Signalons également la sortie chez Al Dante d’un autre projet de Sylvain Courtoux, Vie et mort d’un poète de merde. Parodie de concept-album, opéra crotte-rock, Vie et mort est l’un des projets poétiques les plus audacieux de ces dernières années. En quinze pistes, Courtoux raconte, dans des chansons pleines de synthés tout pourris, les espoirs d’un aspirant écrivain un peu loser qui se fait broyer par la machine éditoriale. Entre bitures miteuses aux anxios et à la 8.6°, performances ratées, soirées éditoriales où on ne l’invite pas et fantasmes de gloire au ras des pâquerettes, voilà notre poète merdique qui ère dans Paris à la recherche de la poétesse girly qui fera battre son cœur (et qui lui présentera un éditeur, accessoirement).
La manière dont Courtoux y va, totalement à fond, sans aucun cynisme ou second degré (cette marque de vulgarité bobo qui est l’apanage des Derlem et autres Fleurent-Didier) en fait un projet punk d’une ampleur dingue. Sylvain Courtoux n’y adopte pas la posture du loser wanabee, il ne campe pas un rôle, mais endosse totalement celui-ci et ne nous épargne rien de sa bêtise crasse, de ses pensées honteuses et de son ego surdimensionné. Vie et mort d’un poète de merde met tout d’abord mal à l’aise, perturbe ensuite, avant de faire rire jaune… Il est le reflet parfait d’une société malade où même les poètes se rêvent en couverture des magazines.
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