Joakim est un cas à part dans l’intelligentsia electronica hexagonale : frondeur dans l’âme et descendant plus ou moins direct de la french touch, ce joyeux trublion s’est illustré à ses débuts sous la bannière de la jungle et du jazz avec Joakim Lone Octet. Une gageure pour un artiste français ! Mais c’est plus simplement sous son pseudo Joakim et trois albums au compteur qu’il se fait vraiment connaître avec une électro qui emprunte de plus en plus à la pop.

Propos recueillis par Joss Danjean
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Nothing Gold est ton quatrième album : quel est le fil rouge de ce disque ?
Il s’agit plutôt d’un fil doré. Je l’ai déroulé pour pouvoir retrouver mon chemin, mais je me suis quand même perdu. Ça parle de pouvoir, de violence, de perversions, de désordres psychologiques, de médiocrité, comme si j’exorcisais certaines choses. Mais j’ai l’impression de dire ça à chaque disque, donc je dois en venir à la conclusion que la musique est une catharsis.

Savais-tu déjà vers quoi tu voulais aller lorsque tu as débuté à composer pour ce disque ou c’est venu en chemin ?
J’ai toujours plein d’idées plus ou moins arrêtées avant de commencer un disque. Là je voulais faire un truc très épuré, avec très peu de sons. Et comme d’habitude, ça a changé en cours de route, même si je pense que cet album est un peu plus « minimaliste » et concentré que les précédents.

Tu as opéré un véritable virage pop avec des morceaux comme « Forever Young », « Nothing Gold » ou « Wrong Blood » et tu sembles prendre un réel plaisir à donner de la voix. C’est devenu un grand kiff pour toi ?
Ça fait bien longtemps que j’essaie de faire des morceaux pop… Depuis mon premier album sous mon nom, Fantômes en 2003, il y avait déjà cette ambition de faire des chansons pop, et j’ai continué sur Monsters & Silly Songs et Milky Ways avec des morceaux comme « I Wish You Were Gone » ou « Spiders ». Disons plutôt que ça évolue et que j’arrive maintenant à assumer ma voix sans recourir à des artefacts comme le vocodeur. De là à parler de kiff...

Puisque ta musique a pris une envolée pop, comment envisages-tu l’importance des paroles dans ton travail ? Tu utilises la voix comme un instrument ou comme un élément majeur ?
J’utilise ma voix comme je peux, pour que ça devienne des chansons : c’est ça le plus important pour l’instant. Donc, oui, les paroles sont importantes. Je suis assez content car avec « Forever Young », pour la première fois, les journalistes parlent un peu des textes. Les textes ont toujours été importants pour moi car chez mes artistes favoris, c’est un aspect majeur : Scott Walker, Talking Heads, Robert Wyatt…
La dimension vocale de ton travail a-t-elle changé aussi ta façon d’entrevoir tes performances live ?
Je chante sur scène depuis Monsters & Silly Songs. Ça ne va donc pas changer dramatiquement mon approche du live, sauf que là il y a vraiment beaucoup de voix et elles sont parfois assez difficiles à chanter en live. Je crois juste que je vais devoir prendre des cours.

Quels sont les artistes dont tu te sens proche aujourd’hui ?
Metronomy, Caribou, James Holden, James Murphy, tous les artistes de Tigersushi, Zombie Zombie...

En bon producteur, aimerais-tu travailler avec un ou plusieurs artistes ?
J’aimerais beaucoup travailler avec Rihanna.

Chronique :
Sérieusement ? Pensez-vous que Joakim blague ? Rien n’est moins sûr ! En attendant, on peut se rassurer en écoutant Nothing Gold, dont l’intro aux synthétiseurs vintage lorgne du côté d’une bande originale virtuelle de John Carpenter que ne renieraient pas ses compères de Zombie Zombie (dont il vient de produire le prochain album). Tandis que le lumineux et addictif « Forever Young » ouvre largement le spectre, « Fight Club » s’impose comme un titre hypnotique et envoûtant. « Nothing Gold » poursuit avec son psychédélisme de bon aloi. La suite joue sur les mêmes codes avec le même bonheur, à commencer par des moments de bravoure salvateurs comme « Find A Way » ou le magnétique et final « Perfect Kiss ». Le meilleur album de Joakim, tant au niveau de la production que de l’inspiration. Le garçon semble transformer tout ce qu’il touche en or et ça va finir par se savoir !

Joakim
Nothing Gold
(Tigersushi/Module)


www.joakim.tv





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