C’est sans frapper qu’Hélène Frappat est entrée, ce mois-ci, en pole position de nos belles découvertes, grâce à son Par effraction. D’elle, on connaissait son travail de critique de cinéma, mais pas celui d’écrivain, entamé en 2004 par Sous réserve et poursuivi par L’Agent de liaison (tous deux publiés chez Allia). Son troisième roman mêle la douceur à l’effroi, dans un texte délicat et parcouru d’un léger frisson d’inquiétude. Propos recueillis par Mathilde Janin
Combien y a-t-il de personnages, dans ce roman d’Hélène Frappat ? Voici une chose impossible à déterminer, tant les voix se confondent les unes avec les autres. Non pas d'une manière cacophonique, mais dans une parfaite harmonie, créant un chant cristallin. On distingue d’abord Aurore, l’épine dorsale de ce récit. Aurore, qui n’est rien d’autre qu’une image prisonnière de pellicules Super 8 qu’un personnage a achetées dans une brocante. Ce personnage, qui ouvre le récit, est désigné par un « vous » accusateur qui place d’emblée le lecteur en protagoniste du récit. Il devient donc ce voyeur contemplant une Aurore silencieuse.
Parallèlement à Aurore, évolue A., qui vit, non pas à une époque différente, mais qui lui est étonnamment proche. A. est télépathe. A. est peut-être la narratrice, ou en tout cas, celle qu’a été la narratrice dans une vie passée. Mais le narrateur est-il vraiment une femme ? Et tous ces récits de rêves qui s’intercalent entre les chapitres, de qui proviennent-ils ?
Peut-être que ces songes sont ceux qui pénètrent l’esprit de A. quand elle dort ; A., cette petite fille qui ne peut s’empêcher de recevoir les pensées des autres, qui tente de mettre des boules Quies pour ne plus les entendre. A. qui, cependant, prend une forme de plaisir à cette puissance. A. qui, surtout, se sent rejetée par les autres, tous ceux qui ne devinent pas ses pensées à elle.
Aurore serait son opposée : elle n’est qu’une image, elle ne produit aucun son, elle se meut de film en film, boudant, grimaçant, provoquant, vivant, tourbillonnant dans ses robes rouges, sous l’œil d’un mystérieux cameraman. Les bobines de la vie d’Aurore deviennent l’obsession d’un inconnu, qui rentre par effraction dans la vie de la jeune fille, en tentant de comprendre le lien qui l’unit au filmeur.
Parallèlement à Aurore, évolue A., qui vit, non pas à une époque différente, mais qui lui est étonnamment proche. A. est télépathe. A. est peut-être la narratrice, ou en tout cas, celle qu’a été la narratrice dans une vie passée. Mais le narrateur est-il vraiment une femme ? Et tous ces récits de rêves qui s’intercalent entre les chapitres, de qui proviennent-ils ?
Peut-être que ces songes sont ceux qui pénètrent l’esprit de A. quand elle dort ; A., cette petite fille qui ne peut s’empêcher de recevoir les pensées des autres, qui tente de mettre des boules Quies pour ne plus les entendre. A. qui, cependant, prend une forme de plaisir à cette puissance. A. qui, surtout, se sent rejetée par les autres, tous ceux qui ne devinent pas ses pensées à elle.
Aurore serait son opposée : elle n’est qu’une image, elle ne produit aucun son, elle se meut de film en film, boudant, grimaçant, provoquant, vivant, tourbillonnant dans ses robes rouges, sous l’œil d’un mystérieux cameraman. Les bobines de la vie d’Aurore deviennent l’obsession d’un inconnu, qui rentre par effraction dans la vie de la jeune fille, en tentant de comprendre le lien qui l’unit au filmeur.
Derrière ce jeu de miroir, il y a ce texte, beau, trouble, aquatique. L’eau est omniprésente dans Par effraction : elle reflète, elle dissimule, elle enveloppe, elle agresse, elle s’infiltre. Cet élément est représentatif du texte d’Hélène Frappat car il possède les mêmes propriétés paradoxales : le pouvoir de rafraîchir autant que d’inquiéter. On se laisse donc couler, d’un récit à l’autre, par des mots qui sont bien souvent des mots d’amour et qui, toujours, se teintent de fascination. Malgré son titre, Par effraction est le roman de la distance : celle que le don de A. place entre elle et les autres, celle qu’une caméra place entre Aurore et celui qui la filme, celle que cinquante années placent entre Aurore et son spectateur, celle que placent les rêves d’une des voix entre elle et son amour… « Si tu n’entres pas dans ma chambre, je n’entrerai pas dans tes pensées » prévient la quatrième de couverture. C’est cette impossible balance que restitue l’écriture d’Hélène Frappat, qui est compte-rendu des violences que l’autre nous fait subir dans sa présence et son regard autant que prise en acte de la séparation des êtres et du monde. Dans les interstices créés, le froid souffle et donne la chair de poule. Le vide qui sépare les hommes de leur environnement colle le vertige. Par effraction est aussi une prise en acte de la séparation des êtres entre eux et avec le monde. Mais les quelques moments d’harmonie retrouvée que décrit Hélène Frappat apaisent et illuminent, tout simplement.
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