Si lui a, d’emblée, choisi d’afficher sa foi avec un blaze qu’il fallait pouvoir assumer dans une Amérique post 11 septembre, nous, on retiendra que chacun des albums du frère Ali est une bonne raison de continuer à croire au hip hop. Produit par Ant d’Atmosphere, camarade de l’écurie Rhymesayers, Us ne déroge pas à la règle et canonise définitivement le rappeur albinos comme l’un des MC les plus éloquents de sa génération. Propos recueillis par Jean Berthet
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Tu as grandi à Minneapolis, à une époque où cette ville n’apparaissait nulle part sur la carte mondiale du hip hop... Quel était alors ton état d’esprit ?
On pensait, à l’époque, n’avoir aucune chance d’intégrer l’industrie musicale. Nos espoirs étaient minces. Mais on aimait tellement faire ça qu’on a persévéré en essayant de nous améliorer, tout en développant notre propre son. On a commencé en vendant nos disques à nos amis, en organisant nous-mêmes nos concerts dans nos quartiers. On ne pensait pas avoir un jour une chance de faire entendre notre musique au reste du monde.

Tu as commencé à rapper très jeune, dès le milieu des années 80. Les rappeurs de l’époque sont-ils ceux qui t’ont le plus influencé ?

Je ne définirais pas mon style comme old school. Après, c’est vrai que KRS One et Chuck D ont été des vrais détonateurs pour moi, mais ils m’ont plus inspiré par leur charisme et par les valeurs qu’ils représentaient. Je ne crois pas sonner comme eux et j’aime penser avoir réussi à développer mon propre style. Eux, ont surtout été des exemples par leur personnalité et leur aptitude à créer de nouvelles voies pour le hip hop.

Comment définirais-tu la scène de Minneapolis, dont on parle de plus en plus ?
On est isolés. La première grosse ville, Chicago, est à huit heures de route. Du coup, on a un peu ce sentiment de réclusion qui nous a sans doute poussés à comprendre qu’il fallait rester honnêtes avec nous-mêmes, pour arriver à dégager une substance intéressante, et ne surtout pas essayer de concurrencer New York sur son propre terrain. Aujourd’hui, en termes du hip hop underground, Minneapolis est considéré comme aussi importante que L.A.
L’élection d’Obama a-t-elle créé un climat plus propice à la création artistique ?
Oui, je le sens, mais plus d’une façon symbolique que réellement pratique. Obama n’est pas un révolutionnaire, il doit faire avec un système déjà en place et il ne va pas changer la face du pays du jour au lendemain, mais c’est un progressiste qui œuvre dans le bon sens. Il se sent le devoir de faire bouger certaines choses, comme le système de santé et je crois qu’on peut lui faire confiance pour faire de son mieux.

Comment décrirais-tu ton évolution depuis ton premier album ?

J’ai appris à exprimer ce qu’il y avait au fond de moi, à donner un style à mon humeur, à mes sensations et à mes émotions. À utiliser ma voix comme outil pour les extérioriser avec des mots qui parleront aux gens. Je sens que j’ai définitivement progressé à ce niveau. L’islam m’a donné la force de me montrer sous mon jour le plus vrai et le plus intime et c’est la plus belle des choses.

Tu parlais de ton admiration pour Chuck D. Du coup, ça t’a fait quel effet de collaborer avec lui sur l’album ?
C’était fort de développer une relation d’amitié avec lui. Je le considérais déjà comme un modèle artistiquement, mais apprendre à le connaître personnellement a encore développé mon respect pour lui. Il a donné le meilleur de lui-même, tout en me témoignant une totale confiance quant au résultat final, pour ce qu’on allait faire avec sa prise. Il n’est plus le rappeur le plus populaire, mais lui ne s’est jamais compromis et ça lui permettra de rester écouté et respecté aussi longtemps qu’il continuera. C’est inspirant de voir que c’est en maintenant son intégrité qu’on retient l’intérêt des gens.

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