URBAN&GROOVE
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Odd Future / Of Tape Vol.2
Odd Future, acte 3. Après les premières mixtapes et l’épidémie virale, sa véritable O.P.A. sur les scènes du monde entier et les sorties officielles des albums de Tyler, The Creator, MellowHype et The Internet, le crew californien allumé sort ce qu’il convient de considérer comme son premier vrai disque collectif. Si cette compilation de dix-huit titres inégaux manque franchement de densité et de cohérence, son écoute est un bon moyen d’évaluer les forces en présence. On constate par exemple que Domo Genesis (dont la dernière mixtape Under The Influence ne nous quitte plus) et Hodgy Beats s’échappent du peloton et s’imposent comme les meilleurs techniciens de la bande (sur « Hcapd », ils laissent même Tyler sur le carreau). Autre enseignement : Frank Ocean est bien de ceux qui redonnent un peu de dignité au r’n’b moderne (« White »). On remarque aussi que le patron Tyler laisse beaucoup de place à ses acolytes au micro et l’on ne s’en plaint pas – d’autant qu’en parallèle, son travail de composition s’avère de plus en plus fin et exigeant (l’hommage aux Neptunes, « P » et le caviar offert à Domo Genesis pour « Doms »). On note enfin que le revenant Earl Sweatshirt, qui vient de fêter ses 18 ans et s’offre ces temps-ci ses premiers bains de foule, a le swag intact sur le possecut final « Oldie ». DB
Odd Future
OF Tape Vol.2
(Odd Future/Sony)
Death Grips / The Money Store
Si l’on doit parler de rap hardcore, alors on ne peut passer à côté de Death Grips. Le MC ne rappe pas, il gueule. Les instrumentaux ne groovent pas, ils agressent. Aucune frime dans leurs clips à 20 dollars, juste de l’épilepsie et du nihilisme. À côté de tels psychopathes, même les mecs d’Odd Future passent pour des enfants de chœur. Pourtant, après le sauvage Exmilitary sorti l’année dernière, les gars de Death Grips viennent de signer chez Epic pour leur prochain album The Money Store. Le label vient de mettre le pied dans un piège à loup et nul doute qu’il va sûrement se faire arracher toute la jambe. Jouissif.
Death Grips
The Money Store
(Epic Records)
Drake / Take Care
« Seems like yesterday that I was up-and-coming ». Si sur « We’ll Be Fine », morceau central de son second album, Drake s’étonne lui-même d’avoir atteint si vite le statut de superstar, le Canadien évite la plupart des écueils qui vont souvent de pair avec un succès aussi fulgurant. Sans se disperser, Drake a composé en famille (avec son producteur attitré 40 et son mentor Lil Wayne) un disque cohérent et plein d’aplomb. L’autonomie que lui confère sa maîtrise des couplets chantés lui permet de se passer d’invités encombrants ; son rap a gagné en technicité depuis Thank Me Later (les variations de flow sur le génial « Headlines », le fast-rhyming de « HYFR »…), et le songwriting est plus précis. Sa formule à base de rap d’inspiration sudiste (« Underground Kings », hommage aux pionniers texans UGK), de r’n’b exigeant (« Crew Love ») et de minimalisme froid à la mode anglaise (on le sait fan de James Blake) a un goût d’inédit et son personnage de boy next door du rap millionnaire est plutôt convaincant.
Drake
Take Care
(Young Money / Universal)
Subtitle / Black Jack Parsons
La carrière de Subtitle est une affaire de fulgurances et de sabordages. Depuis le choc I’m Always Recovering From Tomorrow (2003), il alterne disques majeurs et projets bâclés. Bien que court et légèrement confus, ce Black Jack Parsons suffit à nous rappeler à quel point Giovanni Marks peut être passionnant. Son rap postmoderne et revenu de tout, tantôt claustrophobe et obsédant (« Disc at »), tantôt bizarrement funky (« Whipp’d »), est au gangsta-rap ce que les beats de son ami Flying Lotus sont à J Dilla.
Subtitle
Black Jack Parsons
(Hellfyre Club)
Freddie Gibbs & Madlib / Thuggin EP
Pour inaugurer sa collaboration avec Freddie Gibbs, Madlib a mis à la disposition du rappeur du Midwest récemment adoubé par Young Jeezy sa collection de samples vocaux classieux (« Deep ») et son kit de boucles impeccables (« Thuggin’ »). Revigoré depuis son récent Cold Day In Hell, Gibbs – MC qu’on jugeait jusqu’ici au mieux appliqué – fait ici preuve d’une versatilité et d’une précision qu’on ne lui connaissait pas, honorant les compositions du metteur en son californien. On attend l’album.
Freddie Gibbs & Madlib
Thuggin EP
(Madlib Invazion / Stones Throw)


