Après avoir consacré dix ans au projet Lilly Wood and the Prick aux côtés de Benjamin Cotto, avec au compteur trois albums studio, un tube quasi planétaire (« Prayer in C » remixé par Robin Schulz) et des tournées sans fin, Nili et Ben ont eu envie d’explorer chacun des choses plus personnelles. Aujourd’hui, Nili Hadida nous revient en solo avec un disque fidèle à la musique d’Otis Redding et des stars de la Motown que son père lui faisait écouter étant jeune. Rencontre avec une artiste autant à fleur de peau que déterminée.

 

Cette fois, tu es passée à l’acte avec un projet solo ; cela veut-il dire que Lilly Wood and the Prick c’est terminé ?

Si jamais je me lance à nouveau dans un groupe, ce sera forcément avec Ben car c’est mon partenaire musical idéal. La musique que l’on fait chacun séparément n’a rien à voir avec ce que l’on faisait lorsqu’on était ensemble : lui aussi va sortir un album de son côté, un projet génial d’ailleurs. On a eu ce groupe qui nous a tenus en haleine de nos vingt à nos trente ans ; maintenant il est temps pour nous de découvrir qui on est par nous-mêmes. Je ne sais pas si l’on aurait pu faire mieux et aller plus loin avec LWTP. On a vécu dix années incroyables et on s’est arrêtés alors qu’on était encore tout en haut. Maintenant, il est temps de passer à autre chose.

 

Monter ton propre label c’était important pour toi?

Oui, complètement, ça fait partie du processus. Après la dernière tournée de LWTP, je me suis enfermée dans une maison que j’ai louée à Barbizon dans la forêt ; j’ai loué un piano, j’ai fait rapatrier tout mon matériel et je me suis dit : « J’écris mon album, je passe le permis, j’achète une maison de campagne et je monte mon label.» J’ai appelé mon label Biche records car je voyais tout le temps des biches étant alors à l’orée de la forêt. Dorénavant, je suis ma propre productrice, ma musique m’appartient. C’est moi qui tient les rênes et, comme je suis un peu « control freak », c’est une situation qui me convient. Mais je n’ai pas pour autant la prétention de savoir tout faire.

 

Lorsque tu as démarré ce projet solo, tu savais déjà dans quelle direction tu voulais aller ?

La musique que j’ai toujours écoutée depuis que je suis toute gamine, c’était Otis Redding, Aretha Franklin, beaucoup de soul et de R’n’B ; j’ai eu du mal à insuffler cela dans le groupe. Je ne veux pas paraître prétentieuse, mais l’album que j’ai fait, pour moi, c’est la musique que j’écoute. Je suis née à Tel Aviv, avant d’être rapatriée à Paris, mais j’ai vécu toute mon enfance jusqu’à mes 18 ans en Californie à Palo Alto, où mon père ne me parlait qu’en anglais et me faisait écouter de la soul music. Tout s’explique ! J’ai besoin de voyager souvent, je ne tiens pas en place… Et concernant les textes de mes chansons, j’écris toujours des choses assez personnelles, des histoires de filles, je parle souvent de choses immédiates. J’ai évoqué aussi l’arrêt de LWTP car cela a été un moment assez difficile pour moi. Dans la même période, j’ai aussi pris de plein fouet le décès d’un proche, j’avais donc matière à écrire. J’ai aussi écrit une chanson sur Ben : on a eu besoin de couper les ponts lui et moi, un an sans se parler, une vraie blessure pour moi. Tout est dans mon album.

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Tu as dédié un morceau à l’un de tes artistes préférés, de qui s’agit-il ?

Frank Ocean, un immense artiste que j’adore ! Ses chansons sont assez existentielles, elles traitent de la mort, du « pourquoi nous sommes là », du monde en général… « Frank » pour moi, c’est un peu ma réponse à son morceau « Pink Matter ».

 

Avec LWTP tu as énormément tourné, es-tu impatiente de retrouver le public?

Oui, mais je ne veux pas me présenter avec un set up de scène classique, basse, batterie, guitare, etc. Mon idée, c’est que ce sera seulement moi avec cinq cuivres : une trompette, deux saxophones baryton, un saxo et un trombone. C’est Victor Le Masne qui en a réalisé les arrangements. Loin du côté fanfare auquel on pourrait s’attendre, c’est super beau et sonne soul à fond. Et, avec le beat, il y a quelque chose de résolument moderne qui fait penser au R’n’B. J’ai hâte de partager ça avec le public !

 

Alors que tu tenais ton album en onze morceaux, tu as contacté Christian Rich, des jumeaux américains originaires de Chicago qui sont de véritables petits génies de la production et ont bossé entre autres avec Drake, Earl Sweatshirt ou encore Childish Gambino…

Je suis allée les voir à Berlin, où ils venaient d’emménager. On est allés dîner ensemble, évidemment j’ai trop bu (rires !), on a écouté mes morceaux et ils ont accepté de travailler dessus. On a passé une semaine en totale immersion pour produire l’album. Ils n’avaient qu’une semaine à m’accorder, raison pour laquelle on n’a quasiment pas dormi afin de pouvoir terminer dans les temps.

 

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Et pour la dernière étape, le mixage, tu as aussi fait appel à une sommité du genre…

Effectivement, je suis partie ensuite à Los Angeles pour mixer l’album avec Jimmy Douglas, qui historiquement travaillait avec Timbaland et Prince. C’est mon idole ! Juste avant de travailler sur mon disque, il venait de mixer 4:44 de Jay Z ! J’ai eu une chance incroyable, il a eu un coup de cœur pour mon disque et a été très raisonnable quant à ses tarifs — qui peuvent vite monter très haut. Alors qu’on était en fin de mixage, il m’a fait réécrire un refrain qu’on a même co-signé et ré-enregistré. Il m’a poussée au maximum et je l’en remercie infiniment.

 

NILI HADIDA

Nili Hadida

(Biche / Believe)

 

En concert à la Cigale le 19 octobre dans le cadre du MaMa Festival.